Mathieu Brossard – Interview FuckedUp

1 — Si tu devais te définir, façon FuckedUp, aux personnes qui ne te connaissent pas, ça donnerait quoi ?

De quelle connaissance tu parles ? Est-ce que c’est celle intime, physique, la connaissance sociale, le visage que l’on représente aux autres, est-ce que c’est la connaissance artistique, la connaissance intellectuelle ?

Faut-il vraiment connaître quelqu’un pour apprendre à l’apprécier ? Socialement, est-ce que le fait de me connaître te fera aimer plus ou moins mes bouquins ?

Je ne vois pas d’autre explication.

2 — Tu es l’auteur de deux recueils de nouvelles : « Fractures » et « Il était ENCORE une fois. » Deux styles, deux ambiances. Le premier nous aspire dans les esprits de tes personnages, une virée angoissante et en même temps très prenante. Pour le second, tu as fait le choix d’une réécriture des contes de Grimm, mais pas que, comment es-tu parvenu retranscrire aussi bien toutes ces histoires  ?

Alors avant toute chose, c’est « IL ETAIT encore UNE FOIS ». Tout peut avoir son importance dans mes écrits : la minuscule indique qu’effectivement on va lire des textes connus, mais que ça ne sera pas là le plus important. C’est « encore » sans être « encore ! ».

Bref, je fais mon relou.

J’ai un peu du mal à appréhender ta question. Si tu veux savoir comment j’écris, franchement, je me laisse porter. Je vois le film dans mon esprit et j’essaye juste de le retranscrire sur papier. Je pense que la façon dont je me suis mis à  quand j’avais dix ans y est pour beaucoup : en adaptant les BD que je lisais en histoires purement écrites, je me suis probablement développé en « images mentales ».

Je ne sais pas si c’est très clair…

Passons.

Si tu veux parler de la genèse des deux recueils, alors voilà :

Pour Fractures, il s’agit d’un recueil de nouvelles écrit entre mes 15 ans et mes 35 ans. J’ai compilé celles que je trouvais les meilleures (souvent des nouvelles de concours) en essayant de garder un thème : la peur. La peur viscérale, les peurs communes, sociales, mais aussi la peur de soi-même avec un fil conducteur que j’ai essayé de garder : la folie. Car la folie fait peur, la folie dérange. Et pourtant, ne pourrait-on pas dire qu’on est tous fous à des degrés plus ou moins important ?

Pour IL ÉTAIS encore UNE FOIS, c’est un recueil écrit beaucoup plus rapidement où je m’étais mis deux contraintes :

1- rester le plus fidèle possible aux contes originaux, tout en les modernisant.

2- écrire ce recueil sur mon téléphone portable dans le train qui m’amène au boulot tous les matins. Les deux contraintes ont été scrupuleusement respectés.

J’entends dire souvent que les contes de Grimm, Andersen et Perrault sont une représentation de la société de l’époque. Je ne suis pas tout à fait d’accord avec ça. Ces contes sont souvent à la base des histoires qui ont été transmises oralement jusqu’à ce que quelqu’un décide de les écrire. Ce ne sont pas seulement des représentations sociales, mais également des représentations anthropologiques. De fait, elles sont adaptables à toute époque. Finalement, elles aussi traitent de la peur, car ces histoires étaient là pour éduquer.

Finalement, Fractures et IL ÉTAIS encore UNE FOIS ne sont pas si différents. Ils traitent peu ou prou de la même chose, mais sous un angle différent.

3 — Pour «  Fractures » tu as reçu pas mal d’éloges, pour ce premier recueil, qui vraiment ne laisse pas indifférent, ça fait quoi de jouer avec l’esprit des autres ?

Mais tous les auteurs ne jouent-ils pas finalement avec l’esprit de leurs lecteurs ? Moi j’ai juste joué  avec les peurs communes. J’aime mettre le doigt sur quelque choses qui dérange et appuyer dessus.

Je ne suis pas un donneur de leçons et je dénonce rien. Mais j’aime dire aux gens : « tiens, tu es comme ça. Bah regarde ce que ça peux donner » : tu n’aimes pas les araignées ? Bah regarde, ça pourrait être pire… tu ne crois pas au grand méchant loup ? Bah regarde, pourtant il est probablement juste à côté de toi…

 

4 — Selon les rumeurs, tu aurais un roman en préparation, est-ce que tu peux nous en dire plus ? (sors les pop-corn)

Oh tu sais les rumeurs, faut pas s’en occuper. On est toujours déçu.

5 — Tu t’aides de la musique pour créer des images mentales, qui se retrouvent ensuite dans tes histoires, ça demande énormément de concentration de passer d’un art à un autre  ?

Pas vraiment. Pour moi, l’Art est général. D’ailleurs, si tu veux progresser dans un courant artistique, tu as intérêt à t’intéresser à beaucoup d’autres choses, sinon tu risques de tourner en rond.

La musique a cette force de créer beaucoup de sentiments en peu de temps : une chanson peut être associée à un souvenir, mais également à une odeur, à un endroit. Je me sers de cette force dans mon écriture.

C’est également vrai pour le cinéma, la peinture, la photographie, le cirque et encore une fois, l’Art en général. Il n’y a pas des arts, mais UN Art. Faut juste trouver les passerelles entre tout ça pour que ça aille bien. Le cinéma le fait très bien avec la musique.

Une fois que tu as accepté que l’Art était un tout, c’est pas très compliqué de passer de l’un à l’autre.

Bon après, effectivement, j’ai une accointance particulière pour la musique. Je peux même te dire que je ne pourrais probablement pas vivre sans musique. La musique fait partie de moi, de mon âme. Il n’est alors pas difficile de lier des notes, des phrasés, des mélodies à une scène écrite, ça vient naturellement. Tu ne sépares pas le cœur et les poumons, ils marchent ensemble. Pour moi, c’est pareil entre la musique et l’écriture.

6 — Sur Twitter, tu aimes l’humour bon enfant, avec toi c’est toujours du très haut niveau, pour le plus grand bonheur de tes fans. Bientôt un one-man-show ?

Surtout pas ! Je suis presque marrant et encore qu’à faible dose, uniquement à l’écrit. Pour de vrai, dans la vraie vie du monde presque réel, je n’ai aucune répartie et je ne suis pas rigolo. C’est la magie d’internet et ça me va bien.

PS : j’ai des fans !?

7 — Tu possèdes un second compte Twitter « LaTweetCritik » Une petite critique ciné, séries en un tweet. D’où t’es venue cette envie de proposer ce genre de concept   ?

Bah, en soi, c’est pas nouveau comme concept, pour le coup, je n’ai rien inventé. Je dois dire que ce compte est un peu endormi, je manque de temps pour l’entretenir. Pourtant, tu me diras, c’est pas faire un tweet qui prend du temps. Mais quand même.

Après, c’était juste pour donner mon avis qui ne vaut pas grand-chose d’amateur de cinéma/série.

8 —  Si tu devais choisir une seule œuvre littéraire, ça serait laquelle et pourquoi ? 

Non mais c’est quoi cette question à la con ? ..

Bien sûr, je pourrais te citer les œuvres de mes petits camarades du groupe, mais ils sont tous nuls, alors je ne peux pas…

C’est franchement compliqué comme question.

Je pense que je pourrais choisir « Marche ou Crève » de Richard Bachman (Stephen King). Il est juste parfait, n’a pas vieillit d’un iota et me prend aux tripes à chaque fois que je le lis… nous sommes tous des Ray Garraty sur notre longue marche.

Mais bon, j’aurais tout aussi bien te répondre « La maison des feuilles » de Mark Z. Danielewski, pour le côté expérimental génial sur le travail fond/forme. J’aurais pu te parler de certains romans de Chuck Palahniuk comme Berceuses, Monstres Invisibles ou Survivant.  J’aurais aussi pu te parler de l’octalogie SF « Traquemort » de Simon R.Green véritable condensé de toute la pop culture SF/fantastique, tous supports confondus.

Mais bon, tu m’as demandé qu’un seul titre, ça serait tricher d’en dire d’autres.

9 — Si tu devais ne retenir qu’un seul passage d’une œuvre littéraire, ça serait lequel ?

Alors là ça va être très difficile pour moi de répondre. J’ai une mémoire globale, j’ai beaucoup de mal à me souvenir de choses précises. Du coup, te parler d’un passage en particulier, c’est quasi mission impossible pour mon cerveau de poisson rouge.

J’ai néanmoins une scène qui me vient en tête du fameux marche ou crève de SK : celle où l’un des concurrents se rebelle contre le système et la longue marche. Il essaye de monter sur le char des gardiens, il tombe et se fait rouler sur les jambes par le véhicule. Ne pouvant plus marcher, il se prend ses avertissements un par un et se fait « éliminer » de la course…

 

10 — Pour terminer, Mathieu tu vas avoir droit au « Questionnaire Poivrot »

— Quel est ton alcool favori ?

La bière.

 

— Combien de sex-toys possèdes-tu ?

 Je ne les compte plus.

 

— L’acteur ou l’actrice avec qui tu veux coucher ?

Il y en a trop et je ne voudrais pas en rendre une jalouse.

 

— Étais-tu sobre pour répondre à cette interview ?

Complètement, c’est inquiétant non ?

 

— Ton insulte favorite ?

Putain, mais c’est plutôt un juron, alors du coup je dirais plutôt « connard », putain.

 

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